L’organisation Global Business Reports interviewe le directeur du projet SUMM Éthiopie de l’ICIRD

Isabeau Vilandré, Directeur, SUMM Éthiopie

Découvrez l’approche systémique du gouvernement éthiopien en matière de réforme et de mise en valeur du secteur minier dans cet interview de l’organisation Global Business Reports avec Isabeau Vilandré, directeur du projet Soutien au ministère des Mines en Éthiopie (SUMM) de l’ICIRD.

Q : L’ICIRD est une organisation créée avec le soutien du gouvernement fédéral du Canada qui a des projets en Amérique latine, en Asie et en Afrique. Quel est le mandat de l’organisation et de quelle façon le projet SUMM contribue-t-il à l’atteinte de cet objectif ?

R : L’ICIRD reflète le rôle évolutif du Canada dans les pays en développement en partageant l’expertise et l’expérience canadiennes avec les gouvernements qui demandent un soutien dans les réformes globales et systématiques de leur secteur des ressources naturelles en vue d’en assurer une gestion durable. La mission de l’ICIRD consiste à échanger les connaissances et l’expertise avec les pays en développement en vue de rendre possibles la gouvernance optimale des ressources naturelles, la gérance de l’environnement, l’égalité hommes-femmes et, ultimement, la réduction de la pauvreté.

Nos projets sont conçus et réalisés de manière collaborative afin de répondre aux besoins de nos pays partenaires en développement qui s’inscrivent dans le cadre de nos trois domaines d’intervention :

  • Amélioration des capacités et de la gouvernance du secteur public
  • Renforcement de la gestion intégrée des ressources naturelles
  • Transformation du secteur minier artisanal et à petite échelle

Le projet SUMM (Soutien au ministère des Mines) est la réponse directe à une demande du gouvernement éthiopien pour l’aider à renforcer ses capacités à gouverner et à gérer de façon durable la croissance et la prospérité à long terme d’une manière systémique grâce à des réformes fondamentales.

Le projet SUMM est le principal projet de l’ICIRD dans le domaine d’intervention de l’amélioration des capacités et de la gouvernance du secteur public.

Q : Le projet SUMM en Éthiopie est une initiative quinquennale. Pendant cette période, quelle approche l’ICIRD adoptera-t-il pour aider le gouvernement éthiopien à améliorer les perspectives du secteur minier du pays ?

R : Le projet SUMM a été conçu en collaboration avec son bailleur de fonds, Affaires mondiales Canada.

C’est également le résultat d’un processus participatif et très inclusif qui a permis aux partenaires du ministère éthiopien d’être au poste de commande.

Après la planification et les discussions initiales, le projet a été conçu de façon à s’aligner sur le cadre réglementaire national ainsi que sur les plans stratégiques et les documents politiques nationaux de l’Éthiopie. C’est l’élément central de notre approche et de la demande des partenaires éthiopiens.

Q : En ce qui concerne le contexte réglementaire en Éthiopie, quels sont les secteurs clés de la réforme ?

R : Grâce au processus de discussion et d’évaluation mené avec les autorités éthiopiennes, le projet SUMM a été élaboré à partir de quatre composantes clés :

  1. La première composante porte sur une réforme en profondeur du système d’octroi de permis dans le secteur minier. Cela comprend une analyse des normes qui s’appliquent à l’ensemble du cycle minier, depuis l’exploration jusqu’à la fermeture des mines. Un système d’octroi de permis cohérent, prévisible et transparent comprenant un système cadastral amélioré et un portail Web sera mis au point afin d’accroître la transparence et la performance en matière d’octroi de permis et d’administration dans le secteur minier.
  2. La deuxième composante porte sur le développement des capacités du ministère aux niveaux institutionnel, organisationnel et individuel afin de gérer le nouveau contexte juridique et réglementaire qui sera créé par l’intermédiaire du projet SUMM.
  3. La troisième composante porte sur la réforme globale et la consolidation du secteur géoscientifique, y compris la Commission géologique de l’Éthiopie, afin de soutenir la promotion et la mise en valeur du secteur minier éthiopien. Cela comprend la mise au point d’un système de gestion de base de données géospatiales afin de recueillir, d’analyser, de gérer et de diffuser les informations géoscientifiques.
  4. La quatrième composante porte sur le développement de connaissances et de compétences en matière de gestion stratégique du secteur. Elle se concrétisera grâce à la prestation d’informations plus précises et plus utiles sur une base régulière.

Aucune de ces composantes ne signifie qu’il faille nécessairement réintroduire des lois, mais il faudra apporter des changements ou des ajustements aux règles du ministère ou aux normes acceptées afin de combler les lacunes. Le but ultime consiste à établir une plus grande cohérence au sein du secteur et faire en sorte que cette cohérence se reflète dans la prestation de services efficaces et efficients dans le secteur, ce qui mènera à un environnement favorable pour les investissements.

Q : À quoi peut s’attendre une entreprise privée intéressée à investir en Éthiopie à son arrivée, et quelle est l’attitude du gouvernement par rapport aux investissements étrangers ?

L’Éthiopie est dotée d’abondantes ressources minérales, dont l’or, les pierres précieuses et les minéraux industriels.

Étant donné que son secteur minier n’en est encore qu’à ses débuts, le secteur minéral représente un potentiel inexploité.

Dans son plan stratégique national, le gouvernement a fixé un objectif visant à accroître la contribution de l’industrie au PIB de 1,5 % à 10 %. À cet effet, les entreprises qui veulent entrer dans le secteur minier de l’Éthiopie constateront qu’il y a beaucoup d’informations accessibles et que l’approche du gouvernement est ouverte. Cela reflète la volonté de l’Éthiopie à devenir un partenaire égal et de confiance dans le milieu international des investisseurs. Toutefois, les informations et les services ne sont actuellement pas offerts par l’intermédiaire d’une politique de guichet unique, ce que le ministère souhaite créer pour soutenir les investisseurs. La consolidation des informations liées à la géologie et au potentiel minéral de l’Éthiopie est également disponible, mais n’a pas encore été transposée en outils et services concrets et conviviaux. Il est donc difficile pour les investisseurs de voir le plein potentiel du pays.

Par ailleurs, l’Éthiopie est l’un des plus anciens pays d’Afrique qui a une histoire d’indépendance. Son approche consiste à conserver sa souveraineté dans la façon dont il gouverne et collabore avec les entreprises internationales.

De plus, malgré la récente instabilité politique dans les régions, l’Éthiopie demeure l’un des gouvernements les plus stables et les plus prévisibles de la région, sinon de tout le continent.

Q : Quelles régions de l’Éthiopie sont les plus propices à l’exploitation minière ?

R : Il y a des régions qui n’ont pas été fortement exposées au secteur extractif et qui souhaitent acquérir une meilleure compréhension de leur environnement. Nous voyons quatre régions où il y a un intérêt particulier :

  • la région Oromia, qui présente actuellement le plus grand potentiel d’exploitation minière;
  • la région Somali, qui a connu une exploration récente dans le secteur du gaz naturel;
  • la Région des nations, nationalités et peuples du Sud, qui a exprimé très clairement le besoin d’une meilleure organisation du secteur;
  • la région Tigré, qui a également été très active.

Q : De quelle façon l’ICIRD peut-il aider le secteur privé à s’y retrouver dans une relation d’affaires avec l’Éthiopie ?

R : L’une des difficultés du secteur extractif est que les entreprises ont tendance à tenir des discussions individuelles ou à ne chercher qu’un accès privilégié aux décideurs. Toutefois, la réalité du secteur exige une plus grande transparence et nécessite que les discussions passent par les voies appropriées. Le ministère a demandé à l’ICIRD d’organiser des réunions avec les parties prenantes afin de discuter avec le ministère, ce qui se traduirait par une voie de communication plus ouverte et plus claire quant à la façon de respecter les lois et les règlements aux paliers fédéral et régional. Le projet SUMM aborde également les façons d’aider le ministère des Mines et les entreprises qui cherchent à établir des ententes communautaires équitables et durables à mesure qu’elles progressent dans le processus d’exploration.

Notre objectif consiste à soutenir la mise en place d’un environnement favorable et à clarifier les règles que les entreprises doivent respecter lorsqu’elles interagissent avec les communautés afin d’aboutir à une situation gagnante pour toutes les parties prenantes.

Le projet SUMM vise une meilleure cohabitation entre le secteur minier artisanal et le secteur minier à grande échelle.

Q : Pour ce qui est de l’avenir du secteur, quel serait votre message au sujet de la direction que prendrait le gouvernement pour que l’industrie extractive continue de se développer ?

R : L’Éthiopie, à titre de nouveau venu dans le secteur minier, souhaite aborder l’organisation de l’industrie de manière appropriée et systémique. L’Éthiopie n’a pas tendance à se vanter comme pays.

Les Éthiopiens sont traditionnellement humbles et pragmatiques; ils veulent faire les choses correctement. Le gouvernement essaie de créer un contexte transparent et fonctionnel qui met tout le monde sur un pied d’égalité, en plus de vouloir développer ses capacités à déterminer sa propre destinée.

Cela signifie que le secteur minier doit être mis en valeur de façon juste et équilibrée afin qu’il soit rentable et équitable pour les entreprises étrangères, en plus d’assurer la mise en place d’une chaîne d’approvisionnement et de valeur locale.

Publié le 30 novembre 2017 avec l’autorisation de Global Business Reports.

Abonnez-vous à notre newsletter
restez connecté
S'abonner
Droits d'auteur © - CIRDI