Échanger les connaissances avec la Commission géologique de l’Éthiopie

En avril 2018, Dave Lefebure, spécialiste des géosciences dans le cadre du projet Soutien au ministère des Mines (SUMM) de l’ICIRD, s’est rendu dans la région d’Omo, dans le sud-ouest de l’Éthiopie, où il a codirigé une visite sur le terrain de cinq jours avec Sisay Degu Nigussie et Ermias Hailemariam de la Commission géologique de l’Éthiopie. M. Lefebure est un ancien géologue en chef de la Commission géologique de la Colombie-Britannique et possède toutes les compétences requises pour conseiller les géologues, les géophysiciens, les géochimistes et les autres membres du personnel et de la direction de la Commission géologique de l’Éthiopie.

Dans le cadre de la mise en œuvre du projet SUMM, M. Lefebure aide le personnel de la Commission géologique de l’Éthiopie à élaborer des plans sur la façon de gérer l’insuffisance de capacités qui entrave le développement du secteur minier de l’Éthiopie. La Commission a de nombreux défis à relever, notamment celui de retenir les employés expérimentés qui quittent leurs fonctions au gouvernement pour aller travailler dans le secteur privé. Cette situation contribue non seulement à réduire les capacités de la Commission, mais aussi à limiter le niveau de mentorat exercé auprès des nouveaux géoscientifiques. Les géologues chevronnés de la Commission ont traditionnellement partagé leur expertise avec le personnel plus jeune en leur donnant une formation interne qui soutenait le perfectionnement professionnel.

« Pour former un bon cartographe, il faut non seulement qu’il possède un diplôme de premier cycle en géologie, et idéalement une maîtrise ou un doctorat, mais aussi qu’il soit encadré par des gens d’expérience, explique M. Lefebure. En Colombie-Britannique, les géologues ne maîtrisent pas vraiment la cartographie avant d’avoir travaillé environ huit ans dans le domaine des roches. Actuellement, la Commission géologique de l’Éthiopie n’arrive pas à garder son personnel assez longtemps pour développer cette expertise. »

L’affleurement réduit – le substrat rocheux – dans certaines parties de l’Éthiopie complique encore plus la tâche des arpenteurs. « Contrairement à la Colombie-Britannique, il n’y a pas eu de glaciation en Éthiopie, ce qui a donné lieu à un très fort profil d’altération, précise M. Lefebure. Vous obtenez ces sols rouges et épais qui sont si caractéristiques de l’Afrique. Ils cachent le substrat rocheux, ce qui rend difficile la cartographie géologique. De plus, le substrat rocheux sous le sol est altéré à des profondeurs allant jusqu’à dix mètres et plus. Vous pouvez enfoncer votre marteau brise-roche directement dans les roches altérées à certains endroits ! Tout cela complexifie la tâche de répertorier les roches et de comprendre leurs relations. »

Lefebure conseille également la Commission géologique de l’Éthiopie sur la meilleure façon de passer d’une cartographie à l’échelle nationale, qui a été achevée récemment, à un nouveau programme où de plus petites zones seront cartographiées plus en détail. Il y aura une période d’apprentissage pour le personnel et la direction au cours des trois à cinq prochaines années alors qu’ils élaboreront le nouveau programme. Passer d’une cartographie à l’échelle 1/250 000 à une cartographie à l’échelle 1/100 000 exige beaucoup plus d’attention aux détails et certaines compétences supplémentaires. Avec le changement d’échelle, les roches plus anciennes s’avèrent généralement d’une complexité beaucoup plus importante.

« Effectuer la cartographie à la nouvelle échelle prendra de nombreuses années parce que ce sont des zones beaucoup plus petites qui seront couvertes chaque année », indique M. Lefebure.

La Commission géologique de l’Éthiopie doit également travailler avec ses partenaires et ses clients afin de décider quelles parties du pays devraient être cartographiées en vue d’obtenir des renseignements plus détaillés pouvant mener à l’exploration minérale et au développement minier. Déterminer les endroits où orienter ces levés dans un pays aussi diversifié sur le plan géologique que l’Éthiopie est un enjeu complexe qui exige une planification et une consolidation des données existantes afin de cibler les zones présentant le meilleur potentiel minéral.

Comptant plus de 100 millions d’habitants, l’Éthiopie est le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique, et sa population augmente à un rythme d’environ deux millions de personnes par an. Bien que l’économie du pays ait connu une croissance rapide ces dernières années, le PIB par habitant est l’un des plus bas au monde. Le gouvernement veut faire passer le secteur minier de 1,5 à 10 % du PIB d’ici 2023. Bien que le pays possède de riches gisements minéraux – or, pierres précieuses et métaux industriels –, son secteur minier en est encore aux premières étapes de développement. Si les richesses en ressources naturelles de l’Éthiopie sont exploitées de manière durable et transparente, elles pourront aider le peuple à sortir de la pauvreté.

« L’équipe du projet SUMM travaille en partenariat avec le gouvernement éthiopien pour soutenir les activités d’exploration minérale et favoriser l’investissement de l’industrie extractive en Éthiopie, souligne M. Lefebure. Pour ce faire, il faudra renforcer les capacités du ministère des Mines, du Pétrole et du Gaz naturel ainsi que de la Commission géologique de l’Éthiopie. Attirer l’industrie minière est un des rôles clés des commissions géologiques dans le monde entier. »

 

 

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