L’atelier de formation de Lima permet de formuler des recommandations visant à combler l’écart entre les hommes et les femmes dans le secteur minier artisanal du Pérou

En mai 2018, à Lima, André Xavier, chef de projet dans le cadre du projet Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) au Pérou de l’ICIRD, a dirigé un atelier et présenté des recherches visant à sensibiliser les fonctionnaires aux enjeux liés au secteur minier artisanal et à l’égalité hommes-femmes.

Les femmes assument souvent des risques disproportionnés en matière de développement des ressources naturelles et sont touchées dans une plus grande mesure que les hommes par les répercussions qu’entraîne le développement des ressources. Généralement, les « pallaqueras » (femmes mineurs) sont aussi responsables de leur foyer et de leur famille. Elles effectuent des travaux domestiques dans des conditions particulièrement difficiles, soit aucun réseau d’eau ni d’égouts et seulement quelques heures d’électricité par jour. Voilà un bon exemple qui illustre la raison pour laquelle l’égalité hommes-femmes est intégrée dans tous les projets de l’ICIRD. L’égalité hommes-femmes signifie qu’il faut établir des mesures visant à éliminer les désavantages historiques et sociaux qui empêchent les femmes et les hommes de vivre et de travailler d’égal à égal.

Travailler au Pérou représente une excellente opportunité pour l’ICIRD, étant donné que l’an dernier, un décret présidentiel (no 005-2017-MIMP) a demandé à tous les ministères du gouvernement national et des gouvernements régionaux du pays de créer des mécanismes visant à intégrer les questions d’égalité hommes-femmes dans tous leurs plans, programmes et projets. L’ICIRD s’est associé au ministère péruvien de l’Énergie et des Mines pour organiser un atelier de deux jours qui a attiré plus de 50 personnes provenant des ministères de l’Environnement, de l’Agriculture, des Femmes et des Populations vulnérables, de la Présidence du Conseil des ministres, de la société civile ainsi que quatre femmes mineurs provenant du secteur minier artisanal et à petite échelle.

La première journée a porté sur les concepts d’égalité hommes-femmes et a donné un aperçu des répercussions du secteur minier artisanal et de la chaîne d’approvisionnement sur les femmes. La deuxième journée, les quatre femmes mineurs provenant de différentes régions du Pérou ont parlé de la réalité des problèmes qu’ils vivent. Les participants ont discuté des défis et des opportunités liés au secteur minier artisanal et à l’égalité hommes-femmes et ont fait des recommandations quant aux changements à apporter à la législation et à la réglementation pour combler l’écart entre les hommes et les femmes.

Ivonne Yupanqui Valderrama, directrice de l’Intégration des questions d’égalité hommes-femmes au ministère péruvien de la Femme et des Populations vulnérables, a trouvé les discussions de l’atelier particulièrement utiles du fait qu’elles ont apporté un éclairage pour le prochain plan de son ministère sur l’égalité hommes-femmes. L’atelier de Lima incorporait divers aspects d’un cours sur les enjeux hommes-femmes dans le secteur minier aurifère artisanal et à petite échelle que l’ICIRD a mis sur pied pour la Commission de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC).

« L’ICIRD a élaboré sa propre stratégie en matière d’égalité hommes-femmes et a effectué une évaluation de l’égalité hommes-femmes au ministère des Mines en Colombie, de sorte qu’il est facile de reproduire les mêmes méthodes dans d’autres pays, explique M. Xavier. D’ici la fin de septembre, nous espérons donner suite à ce que nous avons appris lors de l’atelier pour travailler avec le ministère de l’Énergie et des Mines et le ministère des Femmes et des Populations vulnérables sur la façon de réduire l’écart entre les hommes et les femmes. »

Réduire la vulnérabilité grâce à l’officialisation

 

« Le rôle clé des femmes dans le secteur minier artisanal consiste à extraire des minéraux de valeur à partir de roches stériles qui ont déjà été traitées, explique M. Xavier. Les femmes n’ont pas l’équipement approprié pour réaliser cette tâche. Elles sont officieuses dans un cadre officieux, un contexte qui les rend vraiment vulnérables. »

Au Pérou, la majorité des mineurs artisanaux travaillent dans des mines abandonnées ou dans des concessions appartenant à des tiers, généralement dans des régions reculées dépourvues de services d’éducation et de santé. Le Pérou est en voie d’officialiser le secteur minier artisanal, ce qui a conduit à un débat de plus en plus nourri sur l’idée d’une coexistence entre les grandes sociétés minières et les mineurs artisanaux des régions.

« Il y a des synergies qui peuvent exister et quelques grandes sociétés minières commencent à les envisager, indique M. Xavier. Si un espace approprié n’est pas prévu pour le secteur minier artisanal – avec des règles claires et réalistes –, il y aura la possibilité que les mineurs artisanaux commencent à s’introduire sur les sites, ce qui peut mener à des conflits. Les grandes sociétés minières démontrent un intérêt pour le processus d’officialisation, car elles veulent s’assurer que les endroits qu’elles ont le droit de mettre en valeur ne seront pas envahis par des activités illégales et non réglementées. »

Un des arrangements particuliers qui a été rendu possible grâce à l’officialisation a capté l’attention de M. Xavier : « Une petite mine a été officialisée, et ils ont créé un espace pour que les femmes puissent se rendre sur le site entre six et sept heures du matin et prélèvent tout ce qu’elles peuvent dans les stériles. Ils emballent ce qu’elles ont prélevé et l’envoient à l’usine de traitement de l’entreprise qui rembourse alors ces femmes mineurs. Ce n’est pas entièrement intégré dans le processus, mais il y a une certaine forme de collaboration entre les femmes et cette petite exploitation minière qui a été officialisée. »

Bien que le travail des « pallaqueras » (femmes mineurs) soit difficile et dangereux, il offre la chance d’une vie meilleure pour elles et leurs familles. Afin de s’assurer qu’elles bénéficient du processus d’officialisation, les « pallaqueras » auront besoin d’un accès égal aux avantages accordés aux hommes. L’analyse de l’égalité hommes-femmes, déjà engagée par le décret présidentiel péruvien et approfondie lors de l’atelier de Lima mené par l’ICIRD, est essentielle pour réduire les risques liés à l’extraction des ressources et assurer une répartition plus équitable des avantages économiques et sociaux que ce secteur peut générer.

 

 

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